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Julien Jacob
© BRIJT

Portrait de: Julien Jacob

Magma, Ekova, le Lo’ Jo des débuts ou, aujourd’hui, Nosfell, le panorama musical français a souvent accueilli des chanteurs s’exprimant dans des langues imaginaires, que cette option fût prise par un souci de différence ou par un manque de message à délivrer. Il faudrait en parler avec les intéressés pour se forger une opinion.

On ne peut soupçonner Julien Jacob de manquer d’idées à exprimer, il est l’auteur de plusieurs livres poético-philosophiques, aujourd’hui épuisés, dans lesquels il décrit, en français, les chemins de sa quête intérieure. Julien Jacob est né au Bénin de parents antillais. Après quatre années de vie africaine, le jeune Julien et sa famille partent s’installer dans le sud de la France. Si quatre années ne sont pas suffisantes pour maîtriser un langage, elles le sont certainement pour s'imprégner de son essence. C'est sans doute cette langue utérine qui lui est revenue, ce fameux matin où il a décidé de ne plus écrire de chansons qu’à l’aide de ces mots imaginaires qui s’imposaient à lui. Dialecte unique lui permettant d'exprimer son Afrique d'exilé et suscitant chez son public africain une question récurrente : Mais de quelle ethnie vient-il ? A sa place, on peut répondre que, de toute évidence, il est de la race des poètes dont l’imaginaire s’est développé loin de leurs racines. Aux souvenirs de l’Afrique se sont ajoutés des paysages oniriques et, pour décrire cet univers atypique, la création de cette langue sans nom fut sans doute incontournable.

Julien Jacob, au gré de son chemin d’homme cherchant la lumière, eut l’occasion de croiser les pas d’artistes uniques. Il passa une nuit inoubliable à partager sons et sens avec le roi Fela. Ailleurs, il vécut des instants privilégiés auprès de Miles Davis, Dizzy Gillepsie, Georges Benson ou David Bowie. Artistes d’exception qui le marquèrent à jamais, mais dont il refuse aujourd’hui encore les influences, quitte à mettre à la poubelle toute idée, aussi brillante soit-elle, qui ne lui appartiendrait pas entièrement.

En 1995, après deux années passées à Paris, l’amour le pousse à s’installer dans le Morbihan. Là, il se sent chez lui. Comme en Afrique, en Bretagne les lois de la nature dominenla vie des hommes et influent sur leur imaginaire. Les contes et légendes y sont vivaces, tout comme les traditions musicales et de danses. Dans ce contexte, l’inspiration de Julien Jacob s’est alors s’épanouie.

Aujourd’hui, après un album pop et luxuriant, Shanti, sorti en 2001, Julien revient avec l’épuré Cotonou. Les murmures et les caresses de sa voix soutenus par les cordes légères de sa guitare délimitent les frontières d’un univers personnel que viennent enrichir quelques participants respectueux. Voilà huit ans que Julien Jacob et Steve Shehan s’étaient promis de travailler ensemble. Il fallait que leurs agendas s’accordent et celui du percussionniste d’origine américaine est particulièrement chargé. Ce tiers du prolifique Hadouk Trio compte parmi les musiciens les plus demandés de la planète. Avant Julien Jacob, Leonard Bernstein, John McLaughlin, Paul Simon ou Ryuichi Sakamoto ont fait appel à lui. Pour Cotonou, il a sorti sa riche palette de percussions : djembé, bendir, likembé ou sagattes, ses instruments résument le monde et en créent volontiers de nouveaux. Steve Shehan n’est pas le seul musicien de prestige à offrir son talent à ce disque.

En 2001 et 2002, Julien Jacob écume les festivals Womad. Initiés par Peter Gabriel au début des années 80, ces manifestations musicales se sont depuis implantées un peu partout dans le monde et permettent aux artistes programmés de faire le tour de la planète. C’est aussi pour eux l’occasion de rencontres puis de retrouvailles. Aux Canaries puis en Australie, le doux Julien croise la route du pétulant Rachid Taha. Malgré les différences qui semblent les opposer, les deux Africains déracinés se reconnaissent et deviennent amis. L’Algérien invite Jacob sur la chanson "Dima" de son dernier album, Tékitoi, l’ex Béninois accueille Taha sur le morceau "Yacob". Le raï rocker s’y fait discret et se coule dans l’univers éthéré de Cotonou. Il n’est pas venu seul : son fidèle lieutenant Hakim Hamadouche l’accompagne. Sur ce titre, comme sur "Ankelson" et "Nielep", le fougueux joueur de mandole et de oud apporte une touche orientale à la poésie ambiante. Ces riches ingrédients doivent l’homogénéité de leur cohabitation au génial travail de mise en espace de Ghislain Baran. Compagnon d’aventure de Jacob depuis son premier album, le producteur breton a su trouver, pour chaque parcelle de Cotonou, un son original qui procure à ce disque sa singularité. Folk africain ou musique contemporaine, on ne sait pas toujours où l’on est, mais on sait que l’on n’y a jamais été auparavant et que l’on s’y sent bien.

Benjamin MiNiMuM




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